La violence des femmes

S’il y a bien un domaine sur lequel je me sens légitime de témoigner, c’est celui de la violence des femmes. Un thème qui m’anime, me tient à cœur, à corps et à cris depuis tellement d’années, voire des siècles, à moins que ce soit depuis la nuit des temps. Peut-être me manquait-il encore une petite parcelle de moi pour oser m’exprimer publiquement sur ce sujet. Cependant, à l’heure où nous assistons collectivement à l’effondrement de l’ancien monde, jaillissent en moi une énergie et une force incroyables qui me poussent à élever ma voix au-dessus de tous les bruits de la Terre pour exprimer aux femmes, mes sœurs de cœur, la puissance infinie dont nous sommes porteuses, qu’il est temps d’arrêter de retourner contre nous et contre l’humanité…

 


En tant que femme, j’ai subi, comme des millions de femmes sur la planète, la violence des hommes. Dans l’enfance d’abord et à l’âge adulte ensuite, j’ai été violée autant par des inconnus, que par les hommes que j’aimais le plus au monde. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été maltraitée, battue, bafouée, reniée dans mon corps, dans mon cœur et dans mon âme, jusqu’à me sentir anéantie non seulement dans mon identité de femme, mais en tant qu’Être humain. Comme nous tous, hommes et femmes, je porte en moi la mémoire de cette domination masculine qui perdure depuis des millénaires et, comme nous tous, je l’ai transmise de façon inconsciente, à chacun de mes enfants.

 

Mais aujourd’hui, je suis dans la conscience et c’est une toute autre histoire que j’ai envie de raconter. Car si je me suis relevée de mes épreuves, si j’ai pu guérir et ouvrir mon cœur, si je me suis élevée dans ma dignité de femme et dans ma puissance d’Être humain, c’est parce j’ai su regarder droit dans les yeux ma propre violence de femme et de mère. Une violence si sournoise et insidieuse qu’il m’a fallu beaucoup de volonté pour l’identifier. Une violence si puissante qu’il m’a fallu aussi beaucoup de courage pour accepter qu’elle existe réellement en moi. Mais dès lors que j’ai reconnu et accueilli pleinement cette part d’ombre, alors la honte d’être une femme - tout d’abord violée et ensuite violente - s’est totalement transmutée en puissance de vie et d’Amour.

Dans la tendresse infinie de la femme blessée que j’ai été, je reconnais que dans l’espoir d’être aimée malgré tout, j’ai manipulé, abusé, utilisé et asservi l’homme à ses propres dépens ; mais aussi les femmes, mes enfants et moi-même. Car la violence est un processus d’emprise relationnelle qui se joue autant avec les autres, qu’avec soi-même. C’est la raison pour laquelle, afin de nourrir une bonne image de soi, nous sommes les premiers à nous manipuler, à nous mutiler et à nous soumettre à l’inacceptable.

 

Tant que nous serons confinées dans nos peurs et notre statut de femme « victime », nous chargerons l’homme, « le bourreau », d’un double tribut : celui d’assumer sa part de violence avec celui de prendre en charge la nôtre, que nous n’assumons pas. C’est ainsi, que depuis des siècles nous avons affublé l'homme du rôle de dominateur, alors que la seule domination qui préside est celle des apparences, car de façons insidieuses et dans l’ombre de leur ignorance, la femme exerce également son emprise.

La violence prend ses racines dans la peur. Elle est inhérente à l’incarnation de la vie sur Terre et donc à la condition humaine. De ce fait, elle existe à part égale chez l’homme et chez la femme. Le processus d’humanisation consiste justement à apprivoiser cette violence afin de la transmuter en Puissance créatrice et de l’élever sur le plan de la Conscience d’Amour.

 

Le chaos que nous traversons actuellement nous invite à arrêter les guerres, à nous libérer des vieux schémas, à ouvrir notre cœur et notre Conscience, à reprendre notre pouvoir… pour unifier nos forces autant avec nous qu’avec les autres. Le temps n’est plus au pardon mais à la reconnaissance, à l’accueil et à la responsabilité. Aussi, ce n’est pas en tant que Femme qui s’affirme dans sa différence avec l’Homme que j’exprime ce message, mais en tant qu’Être Humain animé par la source d'Amour qui nous relie ensemble.

 

Cette Puissance d’Amour, nous la portons tous, hommes et femmes, dans notre cœur. Mais pour la libérer, afin qu’elle s’exprime dans la lumière, il nous faut reconnaître et accueillir de façon inconditionnelle toutes nos ombres, même les plus insupportables. C’est parce que nous aurons plongé au plus profond de nos peurs que nous pourrons, ensemble, main dans la main et cœur à cœur, transmuter le plomb en or et enfanter l’Humanité !

 

Mary Mombrun, le 8 avril 2020

 

 

 

 

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